27 janv. 2011

Au-delà

Posted by Yann On 1/27/2011 10:03:00 PM 2 tête(s) de smeg !

La carrière de Clint Eastwood a quelque chose de fascinant. Associé au personnage de l’Homme sans nom, puis taxé de fascisme avec son personnage de Harry Callahan, il devint un réalisateur/acteur de films purement populaires (Doux, dur et dingue ; Pale Rider ; Firefox) avant d’entrer dans une période crépusculaire (Impitoyable ; Mystic River…) où il atteint une nouvelle génération en plus d’être respecté par les journalistes et le monde du cinéma. Après avoir culminé avec Gran Torino (magnifique synthèse de toute sa carrière), il obtient une douche froide avec les sorties coup sur coup d’Invictus et de ce Au-delà (Hereafter). S’il est vrai que la mièvrerie du film sur Nelson Mandela était déroutante, son dernier essai est pourtant fascinant et maitrisé dans l’écriture et le montage.

Hereafter suit la vie de trois personnages touchés par la mort de plusieurs façons : une journaliste française ayant vécu une expérience de mort imminente pendant le tsunami de 2004, un médium Américain et un jeune garçon anglais venant de perdre son frère jumeau. Plutôt qu’une œuvre chorale, Clint Eastwood préfère filmer un long-métrage fascinant, prenant son temps sur chaque personnage indépendamment les uns des autres. Ainsi, tels trois cours-métrages imbriqués, les trois vies se déroulent sans jamais se toucher. Et ce n’est qu’à la toute fin que les personnages se rencontreront, permettant à Eastwood de nous parler de sa vision du deuil.

En effet, si l’on regarde attentivement, on remarquera que les protagonistes perdent pied avec leur entourage et s’isolent. Ce n’est qu’en accomplissant un lien avec l’autre qu’ils « guériront », feront leur deuil et trouveront un sens à leur vie. Deux images viennent appuyer ce principe. Celle d’un Matt Damon tendant les bras à la perpendiculaire pour choisir qui « suivre », et la toute dernière dont on voit la signification quelque secondes avant. De plus, les séquences associées aux personnages sont de plus en plus courtes, Clint Eastwood montrant subtilement la rencontre prochaine via un décompte de plus en plus rapide.

Ajoutez à cela une poésie par l’image (la première séquence, les passages dans l’au-delà) et des séquences profondément émouvantes (surtout avec le personnage de Bryce Dallas Howard) et vous obtiendrez un excellent film (malgré les scènes à Paris, parfois un peu déroutantes).

9/10

2 tête(s) de smeg !:

T'es l'un des rares à avoir aimé apparemment...

Ouaip. Le rythme est effectivement assez lent mais jamais ennuyant.