Super 8 vs Attack the Block

Deux invasions Alien. Deux films-hommage

Ender's game

"We aren't just ordinary children, are we ? None of us."

Des fleurs pour Algernon

"Je savez pas que les souris été aussi un télijente"

Ce qu'ils en pensaient à l'époque (1)

Star Wars (1977)

Ben Bova et les planètes du Grand Tour

Les Ben viennent de Mars et les Bova de Vénus

20 mai 2011

Posted by Yann On 5/20/2011 05:51:00 PM 1 tête(s) de smeg !

Des fleurs pour Algernon

Ouais je sais... trois mois. Trois mois sans message, post ou autre critique. Du coup ma promesse d'écrire un poil plus souvent ressemble à une parole politicienne. Enfin bref. Si je me tire de la léthargie, c'est pour parler d'une roman dévoré en trois jours (ou est-ce lui qui m'a dévoré ?) : Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes. La Algernon du titre est une souris de laboratoire dont l'intelligence augmente considérablement après une opération. Bientôt, Charlie Gordon, un simple d'esprit, subit la même opération dans l'espoir d'être "un télijen". Le résultat dépassera ses espoirs les plus fous. Mais comment s'amorcera son contact avec une société bien différente de celle qu'il percevait ?

Une société différente de celle qu'on croyait voir... Tout ceci rappelle fortement la caverne de Platon. Cela tombe bien, puisque Keyes lui-même y fait référence à plusieurs moments, jusqu'à une citation du philosophe grec dans les dernières pages. Charlie Gordon, celui qui a toujours cru avoir des amis découvre un monde qui ne veut (voulait ?) pas de lui, où les personnalités et sa mémoire se découvrent au fur et à mesure que son intelligence augmente. De plus en plus seul, il comprend qu'il est toujours aussi éloigné de la majeure partie de la population (mais à l'opposé) et se demande si être déficient n'est pas une meilleure solution.

La naïveté contre la lucidité. Un des choix cornéliens posés par Keyes qui truffe son livre de questions existentielles sur les rapports entre humains et l'intelligence des individus. L'humanité doit-elle chercher à tout prix à augmenter ses facultés et découvrir ce qui devrait rester un savoir interdit ? Qu'est-ce-que la déficience mentale ? Qu'est-ce-que la normalité ? Sans y répondre mais en confrontant constamment Charlie à ces dilemmes, l'auteur parle à chacun de nous. Sans oublier que le sort de Charlie relève tout simplement de la vie elle-même, de la naissance et la recherche de l'amour à l'accomplissement en tant qu'Homme (et la recherche et la compréhension de troubles dus aux évènements antérieurs) jusqu'à la sénilité obligatoire.

Un grand chef-d'oeuvre de la littérature. Point barre.


28 févr. 2011

Posted by Yann On 2/28/2011 07:06:00 PM 1 tête(s) de smeg !

Ce qu'ils en pensaient à l'époque : La guerre des étoiles


Une chose est sûre, il y a des films qui sont rentrés dans l'inconscient collectif. Des longs-métrages que connaissent par cœur aussi bien des américains cinquantenaires que des adolescents asiatiques. Des phénomènes cinématographiques, et révolutionnaires, qui sont devenus des icônes indétrônables, dont on retrouve des références à peu près dans tous les domaines, aussi bien culturels que personnels. Des œuvres qui marquent à un point tel qu'ils sont devenus, en quelques sorte, une partie de nous-même.


Logiquement, après ce petit speech d'entrée, la première référence populaire qui vous saute à l'esprit devrait être Star Wars, la saga de Science-Fiction initiée par George Lucas (ndYann : "c'estpasgeorgeslucasc'estgarykurtznanmaisoh") il y a déjà 34 ans.

Mais avant les séries animées en CGI tout moches, les posters, les jeux vidéos, les jouets (z'avez vu, il y a des sabres lasers dans les Happy Meal en ce moment !) et Starcrash, il y avait quoi ? Presque rien, si ce n'est un grand film d'aventure spatial, promotionné (1) dans tous les pays où il a débarqué en salles. Ne serait-il pas amusant de voir ce que pensait alors la presse française d'une telle production Hollywoodienne ?

Il serait aisé d'imaginer que le film a déplu à ces critiques purs et durs qui vantaient alors à l'époque les mérites des cinéastes de drames sociaux et autres œuvres d'une grande esthétique ?
Ce serait se tromper, comme en témoigne les extraits du n°10 de Première (Octobre 1977) ci-dessous.



Bon, je l'admets, les avis de Henri Béhar et Jean-Pierre Frimbois restent relativement distants d'un point de vue critique, mais tous soulignent le même fait : La Guerre des Etoiles les a "enchanté", tel un enfant qui découvre quelque chose à la fois de beau et mystérieux. Devenu transgénérationnel, Star Wars est devenu un héritage : combien d'enfants découvrent Star Wars par l'intermédiaire de leurs parents ou grands frères ? Moi-même je fais partie de ceux qui l'ont découvert en VHS enregistrées lors de leurs premières grandes diffusions hertziennes. Et j'ai aussi le plaisir d'avoir fait découvrir le film au petit frère d'un ami, devenu complètement fan de l'univers galactique de Lucas. Sans lui montrer les versions remasterisées et la prélogie, que l'on évitera de mentionner aujourd'hui.


Mais continuons notre recherche sur les avis de l'époque. Voici une vidéo ressurgie il y a quelques temps déjà : http://www.dailymotion.com/video/x8n7gx_le-masque-et-la-plume-star-wars_shortfilms . Le sentiment partagé par l'équipe du magasine trouve un écho dans cet extrait de l'émission radiophonique Le Masque et La Plume où, sous les commentaires acerbes et désespérés de François Régis Bastide et Bernard Deutsch, Jean-Louis Bory et Michel Perez essayent de défendre ce qui s'apparente comme un coup de coeur coupable. Un film techniquement impressionnant mais apparemment douteux au niveau de l'histoire. Des arguments bien connus et approuvés par Lucas lui-même et d'autres analystes, tel que l'évocation des mythes chevaleresques et de la référence évidente au fascisme connu dans le Monde entier quelques décennies plus tôt.



On y voit ce qu'on veut, après tout. Bory y voit un produit fait pour la jeune culture US de l'époque, un "space trip" sous acide réjouissant mais au fond plus ou moins discutable. C'est pas faux : 2001, L'Odyssée de l'Espace a été objet de séances-trips avant également. (2)

Mais résumer le film à cela aujourd'hui, c'est absurde. Mais pourtant, loin d'être faux. Il faut garder en esprit qu'il y a eu un avant-Star Wars et un après-Star Wars, et d'entendre ou lire ces remarques prêtent à sourire, tant on est habitués à la certaine niaiserie du monde des Jedi. Avant d'être un monument phénoménal du Cinéma, La Guerre des Etoiles, c'était un grand film. Avec des lacunes plus tard récupérées par la profondeur des opus suivants, (ndY : "Jar Jar Binks, il est profond ?") mais juste des qualités techniques révolutionnaires pour l'époque, un grand "opéra/son et lumières" sur grand écran, avec une galerie de personnages géniaux. Mais imaginez un peu si La Guerre des Étoiles n'avait jamais connu de suite... Pensez-y comme si il s'agissait d'un seul film, certes grandiose, mais unique. Difficile, n'est-ce pas ? Eh bien jusqu'en 1980, c'était le cas.

Ca ne vous rappelle pas quelque chose ? Remontons deux ans en arrière, à la fin de l'année, avec l'arrivée d'un certain Avatar. N'y recroisons pas les mêmes éléments de certains débats ? La critique de l'histoire héroïque trop bâteau - et je ne parle pas de Titanic - pour qu'on se prenne au jeu, la dénonciation d'un avenir politiquement et économiquement dangereux, et la perfection de l'aspect technique du métrage de James Cameron ? Oui, c'est exactement cela, sauf que l'on ne trouve pas un duo de robots comiques (qui semblent étrangement être l'élément le plus apprécié de La Guerre des Etoiles dans les avis de l'époque). (3)




Ainsi, on verra bien comment évoluera le chef d'œuvre de James Cameron dans l'inconscient collectif. Peut-être plus risqué, puisque je doute fort que la 3D, avec lequel le film est définitivement indissociable, parviendra à suivre la carrière du film au fil des décennies... Mais il y a fort à parier qu'avec les suites attendues du métrage, l'expérience de La Guerre des Etoiles se répète. Et on rira bien, de façon nostalgique, des premiers avis de la presse de notre époque.

Rendez-vous très prochainement où je tenterai d'évoquer cette fois-ci, deux cinéastes marquants du cinéma de genre, l'un étant tombé dans l'oubli et l'injuste dénigrement, l'autre dans l'acclamation de plus en plus forte : John Carpenter et David Cronenberg.

Le petit truc en plus (par Yann)
Si je ne suis pas tout à fait d'accord avec certains propos ci-dessus (notamment la partie sur les space trips), il faut avouer que Romain a mis le doigt sur un élément intéressant. Star Wars et Avatar auront subis le même mélange amour/haine de la part des critiques et du public : un accueil délirant puis un bashing incompréhensible. Sans oublier le fameux lien avec l'Histoire. Quand on sait que l'histoire datait de 15 ans à l'époque de la sortie du film, on rigole doucement Dans 20 ans, Avatar sera très certainement au même niveau que la saga intergalactique de Georges Lucas Gary Kurtz. Prenons-nous dès maintenant à rêver de la prochaine génération de cinéastes, âgés de 5 ans actuellement, et qui se sont pris une telle grosse baffe devant les aventures de Jake Sully qu'ils ont encore les joues toute rouge.
Pour en revenir à La guerre des étoiles, j'ai également le souvenir d'un critique (vu dans L'écran Fantastique, mais impossible de remettre la main dessus) qui avait écrit quelque chose du genre "J'imagine mal les fans de la saga [nous sommes à la sortie de l'épisode V] faire des réunions spéciales dans 20 ans". S'il avait su....
Enfin, citons pour les plus curieux l'article de Rafik Djoumi sur le monomythe. Ca ne servirait à rien d'écrire sur le sujet, il le fait déjà très bien.

(1) http://en.wikipedia.org/wiki/Star_Wars_Episode_IV:_A_New_Hope#Releases
A noter que Lucas perdra complètement les pédales par la suite, gargarisé par les ventes de produit dérivé. Naquit ainsi la prélogie.

(2) L'expérience du film de Kubrick associé au LSD a été effectuée plusieurs fois durant les années 70, surtout grâce à la mise en scène de sa partie finale, considérée comme l'expérience visuelle la plus proche d'un véritable trip. http://www.jahsonic.com/DrugsMovies.html Même récemment, vous avez dû entendre parler d'un type qui, lors d'une ressortie sur grand écran, à interrompu la séance à cause d'un très violent bad trip. http://blogs.villagevoice.com/runninscared/2010/09/2001_a_space_od.php

(3) Voir les références à Laurel et Hardy dans les textes scannés et la vidéo du Masque et de la Plume, où certains journalistes semblent ne parler que des robots, quitte à en faire les personnages principaux à la place de Luke Skywalker. On pourrait préciser que la France a toujours été sensible à l'humour des personnages de film, de Laurel et Hardy à Jerry Lewis, injustement boudé dans son pays d'origine.

22 févr. 2011

Posted by Fabien On 2/22/2011 03:49:00 PM 0 tête(s) de smeg !

Ben Bova et les planètes du Grand Tour

Né en 1932 à Philadelphie, Ben Bova commence sa carrière en tant que journaliste pour le New York Times puis le Wall Street Journal avant de rejoindre le programme Wanguard de la NASA, premier programme de satellites artificiels aux USA, où il travaille dans le domaine des lasers. Suite à la mort de John W. Campbell (auteur, entre autres, de Who Goes There? nouvelle ayant inspiré le film La Chose d'un autre monde) il devient éditeur du magasine Analog puis, au début des années 80, d'Omni. Il remporte le Prix Hugo de Professional Editor de 1973 à 1977 puis en 1979. Son travail à la NASA lui permet d'apporter un véritable bagage scientifique à ses écrits et il prédit la course à la lune des années 60, la réalité virtuelle, le clonage humain, les livres électroniques... Il a d'ailleurs travaillé comme consultant technique auprès de réalisateurs comme George Lucas ou Gene Roddenberry.

Ben Bova en 1974

Il est l'auteur de 33 essais, 64 romans et 12 anthologies et plusieurs de ses bouquins sont des best-sellers aux États-Unis. Il est surtout connu pour sa série du Grand Tour relatant l'exploration de diverses planètes, lunes ou astéroïdes par la NASA ou des organismes privés. La série démarre en 1992 avec Mars et comporte aujourd'hui 15 tomes (9 dans la série Les planètes du Grand Tour, 5 dans The Asteroïde Wars et un bouquin intitulé Tales of the Grand Tour).

Étrangement, seuls quelques uns des romans de Ben Bova ont été traduits chez nous, dont trois de la série Grand Tour: Mars, Retour sur Mars et Vénus. Deux tomes consacrés à la colonisation de la Lune, publiés entre Mars et Retour sur Mars, ont été purement et simplement zappés, bien que Vénus y fasse référence lors de quelques passages...

Gros pavés SF, Mars et Retour sur Mars (environ 700 pages chacun en poche) se dévorent toutefois à vitesse grand V, Ben Bova ayant un véritable don pour rendre ses romans ultra accrocheurs. Situé aux alentours de 2020, Mars relate la première mission spatiale à destination de la planète rouge. Si Ben Bova parvient à rendre la planète absolument fascinante et son exploration très réaliste, il centre avant tout le récit sur les personnages et les répercutions politiques de l'exploration. En scaphandre au milieu d'un désert rougeâtre, à la merci d'une tempête de sable dévastatrice ou d'un problème électrique, les personnages doivent également gérer la récupération politique de l'événement sur Terre et une simple phrase malencontreusement prononcée par Jamie, le personnage principal, lors de la retransmission en direct de l'atterrissage lui vaudra toutes les emmerdes du monde pendant quasiment toute la durée de la mission.

Tous de nationalités différentes, les personnages sont assez hauts en couleur et génèrent également divers conflits liés à des problèmes d'égo et/ou d'intérêt, la situation étant particulièrement difficile pour Jamie puisqu'il s'est retrouvé sélectionné pour la mission au dernier moment, suite à un soucis de santé du géologue initialement désigné.

Ben Bova parvient ainsi a rendre son récit haletant d'un bout à l'autre, un problème en remplaçant un autre à longueur de chapitre, qu'il vienne du matériel, de la planète en elle même ou des personnages, et le côté scientifique, assez poussé sans jamais tomber dans la description technique, rend l'ensemble également assez passionnant.

Dans Retour sur Mars, on prend les mêmes et on recommence ! Cette fois Jamie se retrouve à la tête de la mission et doit gérer tout l'aspect relationnel ainsi que les divers conflits au sein de l'équipage. La mission étant, cette fois ci, financée par des capitaux privés, l'aspect commercial remplace les enjeux politiques du premier tome, obligeant les personnages à réaliser des visites de Mars en réalité virtuelle ou à récupérer des véhicules de la mission précédente afin de les mettre aux enchères, tout cela au détriment de la recherche scientifique...

Mars et Retour sur Mars pourront sans doute plaire aux lecteurs n'étant généralement pas amateurs de SF, l'ensemble ressemblant surtout à du roman d'aventure bigger than life.

Un troisième volet, Mars'Life est sorti aux USA en 2008 mais, comme le reste de la saga, n'a pas (encore ?) été traduit chez nous.

Vénus, quant à lui, est assez différent. Plus court que les romans précédents ("seulement" 470 pages), il se situe dans un futur un peu plus avancé, aux alentours de 2050 et Ben Bova se permet de prendre un peu plus de liberté avec l'aspect "réaliste" de son histoire. Dans le monde de Vénus, l'humanité à quasiment triomphé de la mort et de la vieillesse et la plupart des maladies fatales sont facilement soignables. Le milliardaire Vam Humphries décide d'offrir une fortune à quiconque sera assez fou pour aller récupérer les restes de son fils, mort lors d'une mission sur Vénus ayant mal tournée. A la surprise générale, c'est son second fils, assez frêle et plutôt tourné vers les arts, qui décide de relever le défi... Mais il n'est pas seul dans la compétition !

Alors que Mars et sa suite relevaient du récit d'aventure, les astronautes découvrant les territoires encore inexplorés de la planète rouge, Vénus, lui, tient plus du "20.000 lieues sous les mers" dans l'espace. En effet, l'atmosphère de Vénus empêche quiconque de sortir du vaisseau et l'équipage se retrouve agglutiné dans un sous-marin s'enfonçant petit à petit dans l'atmosphère ultra dense et ultra chaude de Vénus. Bonjours le stress !

Comme toujours, le récit est surtout centré sur les hommes et les femmes participants à l'expédition, mais exit les considérations politiques ou commerciales, on se retrouve ici en plein milieu de conflits personnels, de vengeance et autres mutineries... L'aspect scientifique du bouquin s'efface plus ou moins selon les événements et certains personnages sont franchement têtes à claque par moments, tout cela rendant le livre parfois un peu moins prenant que les romans précédents, mais l'écriture de Ben Bova est toujours aussi fluide et on voit à peine passer les 470 pages que durent Vénus !


Bref, j'invite donc tous les amateurs de SF, et les autres, à découvrir Ben Bova, vous ne devriez pas être déçus du voyage !

18 févr. 2011

Posted by Yann On 2/18/2011 12:49:00 PM 0 tête(s) de smeg !

Black Swan vs Paperhouse


A l'heure où Darren Aronofsky est de plus en plus sacralisé par les critiques et le public grâce aux sorties de The Wrestler et de ce Black Swan, il est bon de rappeler l'existence d'un film de 1988 réalisé par Bernard "Candyman" Rose au début de sa carrière. S'il n'est pas utile de rappeler le synopsis du dernier film du réalisateur de The Fountain, il convient de présenter ce Paperhouse peu connu :

Agée de onze ans, la petite Anna verra le jour de son anniversaire tourner à l’hécatombe suite à une punition qu’elle se verra infliger par sa maîtresse. Ne supportant pas son sort, elle fait semblant de s’évanouir et plonge dans ses rêves ou elle se retrouve face à une curieuse maisonnette, qu’elle venait de dessiner sur son cahier. Chaque modification sur le dessin a des répercutions sur les rêves de Anna, des rêves très réels par ailleurs, peut-être trop…(1)

Pourquoi rapprocher ces deux films si différents ? Malgré deux histoires uniques, ces deux films traitent d'une thématique similaire. A la lisière du fantastique, ce sont deux contes ayant pour sujet sous-jacent la relation entre réalité et imaginaire, entre psychologie et imagination, le tout avec une symbolique forte. Mais l'approche qu'ont les réalisateurs est opposée.

Le premier, Darren Aronofsky pour Black Swan, opte pour une histoire sombre montrant la folie progressive de son personnage (Natalie Portman) face à l'invasion de sa part sombre, symbolisée par le personnage interprété par Mila Kunis. Une histoire traversée par de nombreuses allégories, qui sont ses principales qualités mais également ses plus fortes limites. En effet, à l'instar de The Wrestler, le réalisateur de Pi et de Requiem for a Dream, tombe dans plusieurs travers, dont le plus gros est de tout rabâcher à son spectateur au lieu de continuer simplement et humblement son histoire. Du coup, on a l'impression pendant une bonne majorité du métrage que les personnages ne sont là que pour faire évoluer ces images symboliques (le cuni par Mila Kunis -il fallait que je la place- fausse scène branchouille et hot) là où on aurait attendu plus de subtilité (la scène en boîte jouant sur le contraste techno/classique par exemple). Erreur impardonnable, il choisit son camp entre fantastique et psychologique alors qu'il jouait sur les deux tableaux de façon cohérente pendant les 3/4 du film... Aronofsky délaisse un peu son histoire pour sa symbolique, soit l'inverse totale d'un Bernard Rose pour Paperhouse.


Déjà, il faut noter que Paperhouse est beau. Très beau même. Traversé par des scènes magnifiques de rêve (et de cauchemar), le film est un sacré morceau visuel et mérite d'être vu rien que pour ces passages. Mais Rose et son scénariste Matthew "Young Indiana Jones" Jacobs, qui ont compris le matériau auquel ils s'attaquaient, offre un film sur la confrontation entre rêve et réalité, pouvant rapprocher deux êtres mais également les éloigner, l'un et l'autre s'imbriquant parfaitement jusqu'à influer l'un sur l'autre. Jusqu'à un final triste, Bernard Rose tient bon et ne tombe jamais dans la symbolique facile, soit l'inverse de Black Swan.

Paperhouse est disponible pour un prix très attractif ici (attention pas de sous-titres ou de VF).

(1) : source

2 févr. 2011

Posted by Yann On 2/02/2011 12:46:00 PM 0 tête(s) de smeg !

The invention of lying


Fort d'un sujet high-concept, The invention of lying promettait beaucoup, notamment par la présence de Ricky Gervais en tant que co-scénariste et co-réalisateur. Ricky Gervais ou le politiquement incorrect personnifié, créateur de The office et surtout de Extras. Ricky Gervais dont la performance aux derniers Golden Globes awards a fait beaucoup de bruit. Ricky Gervais qui pouvait transformer un sujet en or en film en or. Sauf qu'en l'occurrence, le résultat final est décevant.
Mark Bellison est scénariste dans un monde où dire un mensonge est inconcevable, où personne n'y a jamais pensé. Viré, fauché, seul, il a l'idée lumineuse de dire un mensonge afin d'éponger une dette, ce qui va le rendre célèbre mais lui attirer pas mal d'ennuis.

Les trente premières minutes nous présentent donc ce monde alternatif où le mensonge n'a pas lieu d'être. Si le film est certes amusant au départ, le concept devient assez ennuyant au bout de quelques minutes, Ricky Gervais forçant inutilement le trait pour illustrer son concept. Passé cette première partie, le métrage entre dans une phase déjà plus intéressante : dans un monde sans mensonge, on se ferait sacrément chier. Mais la dernière demi-heure rejoint le genre de la comédie romantique remplie de clichés, déclarations d'amour et mariage avec un goujat compris. Le film de Gervais déçoit donc, et ce malgré les caméos (et quels caméos ! Merchant & Williamson, Michael Caine, Edward Norton, etc.) et le message qui transparait en filigrane : la religion est une œuvre de pure fiction dictée par un scénariste, fiction nécessaire pour toucher les gens.

Œuvre donc décevante virant à la comédie romantique dans son final, jamais piquante, peu politiquement incorrecte, et surtout pas très drôle. Ricky, tu peux mieux faire (et pas aux USA !).


4/10

27 janv. 2011

Posted by Yann On 1/27/2011 10:03:00 PM 3 tête(s) de smeg !

Au-delà

La carrière de Clint Eastwood a quelque chose de fascinant. Associé au personnage de l’Homme sans nom, puis taxé de fascisme avec son personnage de Harry Callahan, il devint un réalisateur/acteur de films purement populaires (Doux, dur et dingue ; Pale Rider ; Firefox) avant d’entrer dans une période crépusculaire (Impitoyable ; Mystic River…) où il atteint une nouvelle génération en plus d’être respecté par les journalistes et le monde du cinéma. Après avoir culminé avec Gran Torino (magnifique synthèse de toute sa carrière), il obtient une douche froide avec les sorties coup sur coup d’Invictus et de ce Au-delà (Hereafter). S’il est vrai que la mièvrerie du film sur Nelson Mandela était déroutante, son dernier essai est pourtant fascinant et maitrisé dans l’écriture et le montage.

Hereafter suit la vie de trois personnages touchés par la mort de plusieurs façons : une journaliste française ayant vécu une expérience de mort imminente pendant le tsunami de 2004, un médium Américain et un jeune garçon anglais venant de perdre son frère jumeau. Plutôt qu’une œuvre chorale, Clint Eastwood préfère filmer un long-métrage fascinant, prenant son temps sur chaque personnage indépendamment les uns des autres. Ainsi, tels trois cours-métrages imbriqués, les trois vies se déroulent sans jamais se toucher. Et ce n’est qu’à la toute fin que les personnages se rencontreront, permettant à Eastwood de nous parler de sa vision du deuil.

En effet, si l’on regarde attentivement, on remarquera que les protagonistes perdent pied avec leur entourage et s’isolent. Ce n’est qu’en accomplissant un lien avec l’autre qu’ils « guériront », feront leur deuil et trouveront un sens à leur vie. Deux images viennent appuyer ce principe. Celle d’un Matt Damon tendant les bras à la perpendiculaire pour choisir qui « suivre », et la toute dernière dont on voit la signification quelque secondes avant. De plus, les séquences associées aux personnages sont de plus en plus courtes, Clint Eastwood montrant subtilement la rencontre prochaine via un décompte de plus en plus rapide.

Ajoutez à cela une poésie par l’image (la première séquence, les passages dans l’au-delà) et des séquences profondément émouvantes (surtout avec le personnage de Bryce Dallas Howard) et vous obtiendrez un excellent film (malgré les scènes à Paris, parfois un peu déroutantes).

9/10

17 janv. 2011

Posted by Fabien On 1/17/2011 05:10:00 PM 2 tête(s) de smeg !

Machinarium


A l'heure où le marché du jeu vidéo est de plus en plus dominé par les gros blockbusters d'action, quelques petits studios résistent encore et cherchent à faire revivre le Point & Click, genre ayant connu ses heures de gloire il y a quelques années, en particulier grâce au studios Lucas Art (Day of the Tentacle, Sam & Max hit the Road, Full Throttle...) et se faisant malheureusement fort rare désormais...
Machinarium, sorti en 2009, a été développé durant 3 ans par le studio tchèque Amanita Design, studio composé de sept développeurs ayant financé le jeu par leurs propres moyens.
Il s'agit d'un Point & Click très traditionnel dans la forme, permettant au joueur d'incarner un personnage évoluant au milieu de décors en 2D, de ramasser des objets, de les combiner, d'interagir avec tout et n'importe quoi et, surtout, de se creuser la tête sur des énigmes tordues ainsi que sur des mini-jeux divers et variés.

Machinarium raconte l'histoire de Joseph, un petit robot abandonné dans une décharge par une bande de malfrats ayant fait main basse sur la ville. Joseph devra devra donc déjouer leurs plans tout en recherchant sa petite amie.

Ce qui frappe en premier lieu dans Machinarium, c'est le soin extraordinaire apporté aux graphismes. Le robot évolue au milieu d'une ville aux teintes pastels entièrement dessinée à la main, à la fois simpliste et ultra-détaillée et possédant un charme énorme. La BO, composée de musiques électroniques très aériennes et pleines de petits bruits métalliques, s'accorde parfaitement à l'univers et contribue à rendre l'ensemble immersif.
Les personnages ne sont pas en reste et on s'attache immédiatement à notre petite boîte de conserve sur pattes, déambulant en ville à la recherche de sa copine et rencontrant toutes sortes de robots étranges. Cet attachement est renforcé par le fait que le jeu ne comporte absolument aucun dialogue, ceux si étant remplacés par des sons et des petites animations simplistes.

Le jeu propose un mélange équilibré d'aventure et de mini-jeux (Space Invader, morpion, puzzles et autres casses têtes...) rendant l'ensemble très varié, agréable et ludique. Un système d'aide a également été mis en place afin d'éviter toute frustration due à une énigme un peu trop tordue; le joueur peut demander un indice le poussant sur la bonne voie sans lui en dire trop ou, si besoin, pourra accéder à une soluce sous forme de story-board, mais pour cela il faudra sortir vivant d'un mini shoot'em up !

Seul point négatif du soft, sa durée de vie assez faible, d'autant plus que l'univers et les personnages sont tellement attachants qu'on aimerait passer un peu plus de temps en leur compagnie.

Machinarium est un véritable petit bijou, un jeu simple mais touchant, à l'ambiance unique, aux personnages attachants et à l'univers merveilleux...

Romain aurait sans doute conclu par: "c'est plus qu'un jeu vidéo, c'est une expérience à vivre" et je ne peux que lui donner raison.



A noter que le jeu, trouvable pour un petit prix, comporte également un poster et le CD de la BO !
Sympa, non ?

Et pour ceux qui voudraient essayer, voici une démo jouable sur le net, sans installation nécessaire, mais avec quelques temps de chargement absents du soft: http://machinarium.net/demo/

Bon jeu !

11 janv. 2011

Posted by Yann On 1/11/2011 08:35:00 PM 1 tête(s) de smeg !

Asterios Polyp


David Mazzuchelli s'était fait remarquer à la fin des années 80 en illustrant Batman: Year One et Daredevil: Justice Aveugle sur des histoires de Frank Miller. Il avait ensuite très vite délaissé l'univers des super-héros pour se pencher sur des projets un peu plus personnels comme l'adaptation de Cité de Verre, le célèbre roman de l'auteur new-yorkais Paul Auster et surtout son Big Man qui nous avait déjà laissé entrevoir tout son talent en 1998.
Et depuis, plus rien. Mazzuchelli se consacrait depuis maintenant 12 ans à l'enseignement de la bande dessinée. Son parcours atypique et ses précédents travaux nous laissaient entrevoir un homme cultivé et talentueux, mais rien ne nous avait préparé à recevoir Asterios Polyp, véritable chef-d'oeuvre du neuvième art...


Asterios Polyp nous raconte l'histoire du personnage éponyme, un architecte théorique (aucun de ses travaux n'a jamais été construit) qui enseigne à l'université (David, c'est toi ?), qui voit le monde en binaire (il pense toujours en termes de dualité) et plus particulièrement de sa rencontre avec Hana, une jeune artiste qui deviendra sa femme (puis son ex-femme) à qui tout l'oppose mais qui va changer sa vie.

À partir de cette histoire toute simple et maintes fois contée, Mazzuchelli nous délivre une oeuvre qui pourrait bien représenter à elle seule la quintessence de la bande dessinée. Avec son style épuré à l'extrême (il n'utilise que 3 couleurs), le génial auteur utilise tous les outils à sa disposition, tous les codes de son art, pour tenter (et réussir) de nous livrer une radiographie de l'Humain dans toutes ses contradictions et des relations humaines dans ce qu'elles ont de plus beau et de plus complexe.
Le style est donc épuré, le texte est aussi simple que l'histoire, mais Mazzuchelli parvient pourtant à nous livrer une œuvre d'une immense richesse dont il est impossible de saisir toutes les nuances en une seule lecture. Tout passe par le dessin et par le découpage des planches. Chaque personnage à son propre style graphique, depuis ses traits jusqu'à ses couleurs en passant par le design de ses bulles ou sa typographie, tous les êtres qui parcourent la vie d'Asterios sont uniques et point besoin de décrire les émotions lorsqu'il interagit avec ceux-ci puisque, là aussi, tout passe par le dessin. L'exemple le plus frappant est sans aucun doute celui de sa première rencontre avec Hana, le style angulaire, géométrique et bleu d'Asterios se confronte à celui brouillon, hachuré et rose d'Hana. Mais, au fur et à mesure que la conversation se déroule, les deux styles fusionnent pour finir par ne faire plus qu'un, et là, Mazzuchelli a tout simplement réussi quelque chose d'immense, il vient de dessiner l'Amour !

Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, mais je n'ai pas envie d'en dévoiler d'avantage pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui n'ont pas encore eu l'occasion de mettre la main sur ce chef-d'œuvre. On pourrait disserter des heures sur la profondeur de l'œuvre, sur l'importance de chaque minuscule détail qui nous paraissent souvent anodins mais qui se révèlent tous capitaux. Et tout devient encore plus limpide lors de la seconde lecture.

Asterios Polyp s'impose comme une œuvre majeure, une oeuvre qui fera date tant elle représente fondamentalement ce qu'est la bande dessinée en tant qu'art, jamais auparavant on n'avait vu une telle osmose entre le fond, la forme et le médium.




Mathieu

30 nov. 2010

Posted by Yann On 11/30/2010 05:12:00 PM 0 tête(s) de smeg !

Hero Corp


Une série de super-héros. Yeah ! Française. Ouch… Et pourtant, et pourtant.. le miracle se produit.

À la suite d’une guerre qui se déroula dans les années 1980, il fut décidé de créer une organisation afin de regrouper tous les Super-Héros et de maintenir un climat de paix : l’agence Hero Corp. Cette agence possède plusieurs sites secrets sur la planète, et nous trouvons, dans le département de la Lozère, les retraités, les mis au rancart, les démissionnaires, les démasqués, les pas-formés, les hors-normes. Coupés du monde, ils peuvent retrouver une vie calme et paisible. Vingt ans après, ce calme paisible vole en éclats lorsque The Lord, un Super-Vilain, réapparaît ! (wiki)

En voilà une idée casse-gueule qu’a eu Simon Astier, frère de, les histoires de super-héros n’étant jamais vraiment réussies autre part que sous format comic-book. Au cinéma, il y a les Spider-Man de Sam Raimi, Batman returns de Burton –et à la limite les Nolan-, les Indestructibles de chez Pixar, le Superman de Donner et dans une moindre mesure, le Hulk de Ang Lee et les X-Men de Bryan Singer. Et à la TV ? Heroes échoua au bout de quelques épisodes, Lois&Clark avait son petit côté kitsch pas désagréable mais qui fut aussi le principal défaut de la série, au même titre que Hulk avec Ferrigno, les Batman d’Adam West n’en parlons pas. Bref, à la TV il manquait une vrai œuvre divertissante, bien écrite et ambitieuse. Hero Corp est là.


Pourtant, ça n’était pas gagné. En effet la première saison traîne beaucoup en longueur en retardant la résolution de nombreux enjeux. De plus, le budget que l’on devine minimaliste (aux alentours d’1 million d’euros selon diverses infos sur internet) impose de nombreuses restrictions, comme les super pouvoirs. Mais il y a un côté attachant vraiment plaisant surtout que Simon Astier est loin de se foutre de notre gueule. Déjà, parce que la série est drôle et jamais cynique. On se marre quand on découvre le nouveau pouvoir de Captain acid, quand Captain Cold utilise son don, quand on découvre que les super-héros forment une sorte de société secrète se réunissant dans des galeries souterraines, quand on entend les noms francisés des personnages (Mique, Sten, etc.). Et le faible budget n’empêche pas Astier de vouloir une série ambitieuse, dès sa deuxième saison.

La nouvelle mouture de Hero Corp sent la maturité. L’écriture et la narrations sont plus travaillés. Les personnages développent un vrai background au fur et à mesure de l'histoire. Et, avec un budget similaire à celui de la première saison, Astier réussit à nous mettre beaucoup plus dans les mirettes au niveau Prod. Design. Plus drôle, plus ambitieuse, mieux écrite, cette saison 2 est vraiment enthousiasmante. Si bien que le cliff’ final nous déchire un peu le cœur, puisqu’on sait que la fin de l’histoire n’est pas pour tout de suite


24 nov. 2010

Posted by Yann On 11/24/2010 04:05:00 PM 1 tête(s) de smeg !

Doctor Who 2005-2009


Cette série relate les aventures du Docteur, un extraterrestre, un Seigneur du Temps (Time Lord) originaire de la planète Gallifrey. Dans la première série, exilé par son peuple, il voyage à bord d'un TARDIS (Time And Relative Dimension(s) In Space, ou Temps A Relativité Dimentionnel Inter Spatial en français), une machine pouvant voyager dans l'espace et dans le temps. Particulièrement attaché à la Terre, il est régulièrement accompagné dans ses voyages par des compagnons, pour la plupart humains. Le TARDIS a l'apparence d'une cabine de police (construction typiquement britannique ressemblant à une cabine téléphonique), le système de camouflage étant resté bloqué. Comme tous les Seigneur du Temps, le Docteur a le pouvoir de se regénérer, ce qui explique sa capacité à changer de corps lorsqu'il est proche de la mort. Dans la seconde série, le Docteur est le dernier survivant de sa race, anéantie par la grande guerre du temps contre les Daleks, les pires ennemis du Docteur. (Wiki)

Je profite du 100ème message pour parler d'une mes séries préférées. Juste derrière BSG, c'est peu dire. Doctor Who c’est un peu le Star Trek d’outre-manche : une série de SF qui débute dans les années soixante, un long passage à la télévision, des spin-offs, une solide base de fan, des produits dérivés et fanfictions comme s’il en pleuvait, un récent redémarrage etc. Moins connu dans le monde que sa petite sœur, Doctor Who a cependant marqué toute une génération d’Anglais au point que même Neil Gaiman se prêtera au jeu de l’écriture pour un épisode de la saison 6.

Une série loufoque

La première fois qu’on s’attaque à Doctor Who, on assiste à une gallerie de monstres plastoc assez incroyable : Daleks, Cybermen, chien robot, aliens verdâtres, et j’en passe. Que les aliens soient nouveaux ou repris dans la longue mythologie de la série, Russel T. Davies réussit à en faire de vrais personnages, réussis autant psychologiquement que physiquement. Pour autant, on pourrait en rire si on était cynique : ils ont parfois une sale gueule (les Slitheen), un comportement légèrement kitsch (Aaaah ce bon vieux K9 –prononcez Kaye-naïe-ne) etc. Mais ils sont toujours attachants (aussi maléfiques soient-ils). Il est cependant regrettable que les meilleurs moments arrivent dès le début de la série. En effet, peut-être par volonté de bien faire, Russel T. Davies propose des épisodes trop fournis qui auraient eu leur place 2 ou 3 saisons après. On pense évidemment aux Daleks, qui semblent revenir inlassablement. Mais on se laisse porter par les aventures du Docteur et de ses compagnons occasionnels, à travers l’espace et le temps. La bonne humeur est omniprésente et les auteurs n’hésitent pas à aller à fond dans leur concept et aussi loin que les SFX le permettent ! On nous ballade de la fin de l’Univers à Pompéi (devinez quand), d’une planète inconnue au domicile d’Agatha Christie. On se promène avec la Reine Victoria (qui devient un loup-garou, au même titre que ses descendants), Van Gogh, Madame de Pompadour et Charles Dickens. On voit des fantômes, des zombies, des entreprises démoniaques, des robots géants, des monstres génétiquement modifiés, etc. Bref, Doctor Who, c’est du bonheur en barre pour tout spectateur aimant une certaine culture populaire et ayant gardé au fond de lui un peu de l’âme qui l’animait enfant. Tout comme Davies a su garder la sienne. Comment proposer sinon des épisodes aussi incongrus au premier abord ? Ya des abeilles géantes ! Mais merde ! Et puis ya de sacrés moments de SF...



Une série sérieuse

On retrouve cependant un certain nombre de thèmes plutôt adultes : perte de l’être cher, deuil, seconde guerre mondiale, politique, démembrement, zombification, enfant maltraité (épisode super flippant d’ailleurs), démons, dictature, fatalité, torture, monstres terrifiants etc. Bref, certains épisodes sont loin d’être joyeux et finissent de temps en temps sur une note horrifique ou triste. Tant et si bien que la série donnera naissance à une expression britannique. Ces thèmes, éclectiques, sont brassés continuellement au sein de saisons de qualité variables mais proposant toujours quelque chose de nouveau et d’intéressant à se mettre sous la dent au niveau des personnages. On pensera surtout au poids de la culpabilité et/ou de la responsabilité qui pèse sur les personnages. Le Docteur se sentira souvent tiraillé entre son désir permanent de sauver des innocents et son rôle de TimeLord. Et Russel T. Davies compte bien explorer toutes les pistes possibles amenées par de telles thématiques.



L’exigence du script

Russel T. Davies évite de tomber dans le piège de Star Trek, à savoir la planète de la semaine. Certes, chaque épisode apporte son lot d’époques du futur ou du passé, de mondes inconnus, etc. Mais ils sont tous, à divers degrés, imbriqués dans un gigantesque puzzle qui ne se résout parfois qu’en fin de saison, ou qui apporte une solution 2 saisons plus tard. Ces arcs scénaristiques sont peut-être la plus grande qualité de la série, chose que retiendra Steven Mofat à partir de la saison 5 lorsqu’il prendra le poste de Showrunner. Si la première saison met en place la thématique du temps avec classicisme mais toujours de façon appliquée et honnête, la saison 2 augmente le niveau et introduit Torchwood, sombre organisation oeuvrant pour la défense de la Terre contre les menaces extra-terrestres. La saison 3, la moins bonne, voit l’arc « Mr Saxon », dont les premières infos ont été innocemment distillées ici et là dès la saison précédente. Et si les épisodes avec Martha Jones sont parmi les moins bons, le grand final défonce sa reum (excusez du peu). Mais tout ceci n’était qu’une mise en bouche avant la saison 4, où les mots « continuité », « arc » et « cascade de Méduse » prennent tout leur sens. Meilleurs personnages (Donna est incroyable), plus drôle, plus émouvante, plus aventureuse, plus tout, la saison 4 semble être le chant du signe d’un Russel T. Davies en pleine possession de ses moyens. Et de faire un plaisir immense aux fans dans un final qui ressemble à une réunion de famille inespérée, et pourtant logique, sur fond de « Chant de liberté ».



Des personnages, des vrais

Quoiqu’on en dise, on retrouve un peu de nous en chacune des compagnes du Docteur. Elles ont toutes envie de voir autre chose, de partir à l’aventure. Donna Noble, encore une fois la meilleure compagne du Docteur, regrettera d’ailleurs amèrement son départ à la fin du Christmas Special 2007. Et c’est avec des étoiles dans les yeux (littéralement) qu’elle le rejoindra pour une saison complète et provoquera une mutation psychologique évidente chez le Docteur. Au départ présentée comme son côté opposé, elle deviendra son parfait complémentaire, celle par qui il peut renaître et qui lui fera voir la vie non plus comme une simple constante dans le temps. D’où la grosse amertume du final de la saison 4 (Journey’s end) où Davies nous lacère le cœur (et on redemande).



On pourrait évidemment pinailler sur plusieurs éléments. Outre quelques épisodes moins intéressants disséminés ici et là, il y a ces Specials, des TVfilms de 2009. Malgré un final de saison 4 qui a vraiment un goût de "Grand Final", la réalisation de ces épisodes longs ne sont qu’une transition de luxe et loupent le coche épique qu’on pouvait en attendre. Mais les scénaristes savent rendre tout cela intéressant (le final de Waters of Mars notamment).

C’est donc en proposant une imagerie et une galerie de monstre passionnantes, en adoptant une écriture ambitieuse et exigeante, en réussissant à retomber sur ses pieds malgré les imprévus de production (le départ de certains acteurs notamment) et sans prendre le spectateur pour un gros nul que Davies a plus que réussi son pari. Il a ressuscité une icône et de la plus belle des manières. Les Anglais ont de quoi être fiers. Nous en France, on l’attend toujours notre Docteur, notre Kirk. C’est pas demain la veille… Quoiqu'il en soit merci Russel. Et sache que Steven Mofat a parfaitement repris le flambeau. Mais ça c'est une autre histoire.